Au début rien que du silence. Scène de tous les possibles et de l’impossible. Noircissure, une première marque, un effacement permettant par le même geste, l’ombre et la lumière. Noircissure, un espacement ou un évidement qui autorise le jeu d’une forme, l’articulation de lettres, le signe graphique, la métamorphose dans la voix et sa réécriture dans le corps.
Pendant la lecture le pouvoir meurtrier des mots sur le réel est envisagé.
D’abord un pouvoir meurtrier régulier :Le texte est projeté sur un écran, le noir du réel correspond au noir policé des lettres du texte. Une différence entre écriture et lecture questionne le sens et le non-sens, la clarté et la nuit.
Ensuite un pouvoir meurtrier amplifié : Le noir du néant excède sa place attribuée aux graphèmes et envahit peu à peu la scène. Les thèmes de l’orgie angoissante et du sacrifice sont abordés.
Et un enfin pouvoir meurtrier atténué : Au dernier poème, lors d’une invocation à la rupture, on assiste à une exubérance dangereuse du réel, à une résurgence de matières néfastes et habituellement négatives qui pullulent maintenant dans l’écran. A cet instant, les mots sont-ils la chose impensable ?
Et Ga Young LEE danse ce jeu des mots dits. Les lettres au début régulières puis difformes transmutées en son traversent son corps et font désaccords. Son corps déchiré devient un lieu, le papier froissé et troué où on consigne la mémoire et l’oubli. Cette traversée de fragments, de signes, de fragments de signes engendre une exaltation du désir et offre un corps morcelé, messager d’essences sauvages.
Ce corps dont chaque fibre de chair habité de convulsions spasmodiques entre dans l’abîme incandescent, la liberté suprême et impossible, la transe de toutes les consumations.
La répétition d’un arpège composé par Pascal BLONDY est le fil conducteur, le fil du rasoir, qui accompagne gaiement le possible angoissé d’une forme vers sa dissolution.
Cette présentation serait donc une interrogation en acte du rapport entre parole, écriture et désir, une discussion expérimentale sur le déchet produit par ce jeu et peut-être aussi une suspension joyeuse des identités rigides, des geôles imaginaires et de certaines orthopédies sournoises.
Noircissure, une mort pour mieux renaître.
Textes et mise en scène : Jean-Paul Ducarteron.
lespresseslitteraires.com
Danse : Ga Young Lee.
eaudevie1024@yahoo fr
Musique : Pascal Blondy.
blondy.officiel.free.fr
Mille ans
Sous un corset carré
Le vieux carré s’étrique
Au monde au silence être
Halé
Par le mors des censures
L’âpre équerre trace
Des raides rôles
Où l’hagard silence s’arrime
La ballade honnie ce castrât cassé
Se carre et s’évide
Son corps carré s’ébranle
Chante il est sourd
Sage sens exquis branlent
Ces sons L’écho castré fond de l’éphèbe ridé
S’agitent
Sa boussole est rechapée
Son nordique savoir assure
Son concert sûr et l’on dort négresses dansent
Battre sa queue
Ça coule punir le sang sonore
Que ses fougues reniées s’éteignent
Que son verbe où le vers s’écroule
S’étouffe Sous son poids croupie
Sa marre cubique
Manque de pot
Les pauvres coupes
Et les mornes donnes
Lassent ce jeu ennuyeux
Etouffe les chimères voici
A l’instant coloré COULEUR
La reine pleine aux as
Se sont joints les capots à l’instant
Dédain gloire et vocable son dément brelan
JOUONS Ce jeu à l’air tout piquant
SALACE Mon sale ego châssis de romances
Conte et ronge la futile figure
Ma tierce à l’as
Ma quinte de tout
Les beaux chelems fragiles
Attaquent l’atout roi
L’assaut salé vire allègre
Et l’as aussitôt
Pique la reine et faste
Ça fait va-tout ça joue sa langue
Ça vitupère
Et ça perd la vie
A l’heure tragique
Pied comique
Piécette ronde
Elle est ma misère
Elle était ma misère maintenant ma parole
[c’est ma croix rachetée
Atroce cette atroce mort mon langage a défrayé
Le montant chiffré de l’identité
Et moi moi l’anonyme acculé
Par la charge de ces affres
Sers une louchée d’entrailles
Ne pas la brasser de parole
Et l’anonyme affaissé
Peuchère se luxe davantage
En mot n’ai pas pied peux pas lier malheur
Le vide au fond
Tous ses fonds dragués
Des billets
Qui par espalier
Cavalent
Cavalent de coutume les quarante décences
Grossissent ici quitus ici
Valeur obscène
Et beurre en rang serré
Bavent engeance et barrent en chœur
Ma tombe ornée
Signe et totem remboursés