Les secrets. Une proposition. ‘‘Ici, je vous propose de me dire un secret. Ici, ou là, vous acceptez ou refusez la proposition. Si vous acceptez, j’enregistre le secret - quand vous me le dites. J’enregistre sur une cassette que je coule ensuite dans une brique, en ciment. Là, le secret. Marc Perrin -
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- 06 89 44 42 67’’. Une précision, avec le temps, venue s’ajouter au verso du morceau de papier sur lequel sont écrit ces mort : ‘‘La proposition Les secrets est sans limite dans le temps.’’
Revenir sur les mêmes lieux. Une année après. Arrivée dès le premier jour de la semaine alors que personne encore ou presque dans le château. Marcher dans la campagne, autour du château. Avec la proposition Les secrets. Dans une poche de la veste. Le morceau de papier invitant à. Dire un secret. Marcher avec l’an dernier. Avec la proposition, sans limite dans le temps. Marcher. Collant le morceau de papier, durant la marche, sur des arbres, sur des poteaux, sur des murs. Le long du parcours depuis le château jusqu’au château. D’une année vers l’autre.
Un bloc de pierre d’une tour du château s’est effondré, défonçant un morceau de toit, et tout un pan du bâtiment. Seule trace visible immanquable d’un événement de l’année écoulée. Quant à chacun de nous.
Pour t’écouter, comment je fais. Pour t’écouter, toi, et personne d’autre. Toi et pas en toi ce que de moi je viendrais chercher, reconnaître. Comment je fais. Comment tu fais, toi.
Cette année, lire La course l’attente. A qui veut. Lire un fragment de La course l’attente. Je te donne : quoi. Tu entends : quoi. Et quoi se passe et quoi passe et quoi se vit, entre nous, durant ce temps où je lis, durant ce temps où tu entends, ce que toi seul (e) jamais lira de ce que j’ai écrit.
Ici. Un des fragments.
une maison. Des murs. Pour. Une maison. Dans. Une maison. Mais. Sans toit. Feuillage des arbres. Derniers instants de lumière accompagnant coucher de soleil. Route bordée de platanes longeant terre labourée. Un champ. Pente vive. Lumière jaune orangée du soleil tombant. Jaune orangée des feuilles encore sur branches. Lumière du soleil tombant jaune orangée. Ventre vide et creux, lumière soleil tombant. En bord d’évanouissement. Une fois encore au bord. Et sans le savoir. Une fois encore au bord. Sans jamais l’atteindre. Et trois feuilles de papier de couleur blanche. Et deux mains fermes ou tremblantes. Ecrire. Sur le haut de la première feuille. Ecrire. Dernière course avant que de commencer d’écrire. Sur le haut de la première feuille. Ecrire. Penser dernière course égale penser dernier souffle. Ecrire. Le possible. Toujours. Ce possible. Ecrire. Quelque chose de pauvre. Quelque chose qui dirait, pauvrement, cela de l’instant du dernier souffle. Avant que de commencer d’écrire. Quelque chose. De pauvre. Qui dirait. Cela qui traverse. Non pas. Le résumé de ma vie. Non pas. Mais une phrase. Comme un écho. Répétant les gueules des chiens en train d’aboyer sur les bords des chemins n’ont jamais aboyé que pour dire, attention, non pas derrière, attention, non mais devant, regarde devant, regarde, dedans, ne te, retourne pas, regarde dedans, ne te, retourne pas. Et selon. Le souffle des jours en toi. Selon. Le souffle des chiens en toi. Les aboiements et la course furent de terreur, ou de joie. Plus ou moins. De terreur. Plus ou moins. De joie. Si je ne cours pas. Un couteau me pousse dans le creux de la main et dans qui je le plante le couteau je sais. Si. Je ne cours pas. Une nuit. Les images de la première école. Une nuit. Les images de la première table, derrière laquelle, pour la première fois je m’assois et j’attends. Là. Je pense attendre. Sans doute est-ce là que je commence à si mal comprendre. Sans doute. Dès le premier jour, de la première école, je commence l’attente. Et, mal compris. Sans doute. Mal entendu. Je commence d’attendre, quand il est question d’apprendre. Sans doute, une erreur de ce type. Derrière la première table, dès le premier jour, de la première école, rien compris. Absolument rien, des éléments, que l’on me disait qu’il fallait entendre. Des éléments, que l’on me donnait pour la vie, disait-on, qui allait venir. N’était-elle donc pas déjà là. Et. Si les noms des lieux changent. Si. Les paysages varient. Pour finir. Te rattrape la maison. Toujours. Et cela que tu la nommes nouvelle, que tu la nommes impossible. Qu’importe. La maison te rattrape. Et je la nomme. Nouvelle. Impossible. Je la nomme. Impossible nouvelle dans laquelle, pour un temps indéterminé, maintenant, je vis. Là. Derrière la maison. Il y a. Un jardin. Là. Dans le jardin. Tous les matins. J’enfonce une bêche dans la terre. Et. Tous les matins. Je retourne la terre. Dans le jardin. Et, dans mon bras. Dans les mouvements de mon bras. Dans mon corps. Dans les mouvements de mon corps. Je sens alors en moi les gestes de qui dans la terre enfonçait la bêche. Un autre jardin. Les gestes en moi, je les sens, en moi, je les reconnais. Je les vois. Mais. Dans mon bras. Aujourd’hui. Dans mon corps. Je les regarde. Et je pense. A. De l’eau chauffe dans la pièce au-dessous de celle dans laquelle je suis assis. De l’eau bout dans une casserole dans la pièce au-dessous de celle dans laquelle je suis assis. Du riz cuit dans l’eau bouillant dans la casserole dans la pièce au-dessous de celle dans laquelle sur une chaise je suis assis. Et. Derrière la maison. Nouvelle. Impossible. Dans laquelle. Pour un temps indéterminé, maintenant, je vis. Il y a. Un jardin. Et je cours dans le jour au bord d’une rivière entre deux murs traversant une usine. Et je cours dans le jour au bord de hangars abandonnés. Dans le jour, je cours, au bord d’une gare de triage. Dans le jour, longeant les rails d’une voie de chemin de fer. Et le métal rouillé me trace une ligne, droite, courbe. Je la suis. Si je me couchais. Peut-être, j’entendrais. Si je collais une oreille, contre la rouille des rails. Peut-être j’entendrais. Un train venir, peut-être, des chevaux au galop, frappant la terre, la poussière, peut-être, j’entendrais, le souffle des steppes, les déserts. Peut-être. J’entendrais. Peut-être. Je verrais. Peut-être. Mais je cours longeant les rails et n’entends ni ne vois surgir et foncer sur moi. Un train. Vitesse. Un train. Vitesse contraire, à ma course. Un train me souffle. Je vacille. Dans le souffle du train, je vacille. Mais je ne tombe pas. Je vacille, je quitte la courbe des rails, je plonge dans un fossé, je me blottis, dans un fossé, le train passe, je me blottis, le train passé, je l’entends. Je l’entends s’éloigner, je me relève, rien à gauche. Je regarde, rien à droite. Je sors du fossé. Je reprends la course. Le long des rails. Sur un chemin, dans un parc, dans un bois, j’entends au loin de l’autre côté du bois, le bruit d’une autoroute. Je cours, vers le bruit de l’autoroute. Je me rapproche, du bruit de l’autoroute. Je rejoins l’autoroute. Je cours, le long de l’autoroute. Je cours, dans le bruit de l’autoroute. Je cours au plein cœur d’une campagne déserte, dans le silence de l’autoroute, je cours. Dans le silence. Dans la nuit. Je cours, je tombe, je cours, je m’embourbe. Dans la nuit, dans le silence, je m’égare, sur un chemin. Sous mes pieds, la terre se change en boue. Mes pieds, se chargent de boue, je cours, sur un tracé de boue, je cours dans un chantier, je cours, je glisse, je tombe, je m’arrête, je siffle, je regarde le ciel et je siffle, le ciel est noir, c’est la nuit, je siffle, je me retourne, et je vois un homme en silhouette, derrière moi, filant dans la foulée de son pas, dans le rythme de sa course, il passe, derrière moi, cet homme me suivait, je siffle. Je le regarde passer. Je siffle. Cet homme connaît son chemin. Je le suis, je vais le suivre. Je le vois s’embourber, je le suis. Je le vois dans la nuit faire demi-tour. Je le suis. Je le dépasse. Je fais demi-tour. Et je me trace une ligne brisant la nuit, dans la nuit. Je me trace un chemin, sous la pluie, je me trace un parcours, dans la nuit, ligne brisée, je rejoins le bitume, ligne tracée, je cours, au milieu du bitume, sur la route, dans la ville. Je suis de retour. Dans la nuit. Et je rejoins la maison, nouvelle, impossible, dans laquelle pour un temps indéterminé, maintenant, je vis. Devant la porte. M’attend l'un des trois amis. Tout sourire. Il vient d’achever son cahier de phrases en cours d’écriture et veut me faire lire la dernière ligne. Elle est pour toi dit-il, vas-y, la dernière est pour toi, lis-là, je la lis. Elle dit : changer de temps et remettre la lumière, changer de temps et courir, et sa mère le suit, quelque part, il court et sa mère le suit quelque part et va le rattraper mais il court et les hommes seulement courent et seulement pour échapper à leur mère. Je referme le cahier. Interrogeant muettement des yeux ces hommes pluriels, face à leur mère singulière. Je referme le cahier. Je le rends à l’ami. Et l’invite à manger. En silence. Ainsi. En silence. Nous mangeons. Et. Le lendemain. Nous nous retrouvons pour déplacer un tas de sable. En silence. Le matin, le tas de sable est devant un hangar. A la fin de la journée, le tas de sable est dans le hangar, étalé. Durant tout le jour, nous étalons le sable. Le soir, nous nous quittons et nous donnons rendez-vous. Dans un mois. Pour reformer le tas de sable. Mais. Derrière le hangar. Et. Maintenant. Dans la pièce sous la pièce dans laquelle je suis assis, j’entends une femme, avec un homme. Ils parlent. Dans la pièce sous la pièce dans laquelle je suis assis. J’entends. Le son des notes d’un piano. J’entends le son de la voix de la femme. Elle chante. Et je ne m’étonne pas ici de leur présence dans la pièce sous la pièce dans laquelle je suis assis. Non. Je ne m’étonne en rien de ce que j’entends des sons et des notes qu’ils me font entendre. Je ne m’étonne que d’une chose, une seule. La clarté lumineuse extérieure. Vive, joyeuse. Je suis assis derrière la table, face à la fenêtre ouverte donnant sur le jardin. Et dans la pièce sous la pièce dans laquelle je suis assis, une femme et un homme parlent à voix haute, font silence, et j’entends le son des notes d’un piano, et j’entends le son de la voix de la femme qui chante. Et la seule chose qui m’étonne, est cette lumière extérieure, cette clarté, vive, joyeuse. J’attends que la nuit soit tombée. Je sors de la chambre. Et je rejoins le hangar. Au sol, étalé, le sable. Je m’allonge. Là. Je raconte à qui je ne sais comment j’ignore être arrivé. Là. Et. Le long de la rivière. Entre les deux murs traversant l’usine. Le long de la rivière. Entre les deux murs. Le long des voies ferrées. La nuit dernière. L’on a retrouvé un homme mort, mangé par des chiens. De l’autre côté de la rivière. Le long des voies ferrées. Penser. Aux crocs d’un chien
Ici. Un salut à qui.
Fragment 14. De l’ensemble des 16. Chacun lu. Quoi entendu. Dans la cour intérieure du château, pour commencer. Dans l’une des trois pièces en enfilade là-bas au sol du plancher. Sur la terrasse devant l’orangeraie. Sur la terrasse proche de la table d’orientation. En contre-bas de la terrasse. Sur les marches à l’angle de la terrasse. Au fond du couloir, une fois, deux trois, trois fois. Et dans la tour enfin, là ensemble, dans les pièces de la tour et dans l’escalier grimpant jusqu’à l’air libre tout en haut.
Et.
Sur le seuil de la maison je danse je veux entrer dans la maison je ne veux pas y entrer je fais les cent pas devant la maison je fais les cent coups de pieds à coups de pieds je pointe le sol et pointe le seuil de la maison je caresse la porte et dépose le tapis au seuil de la maison je frappe et je frappe le sol et je caresse la porte et je suis dans la maison je m’engloutis dans la maison à l’extérieur on ne me voit plus je réapparais je caresse à l’extérieur la porte de la maison je suis dedans tu ne me vois plus viens me visiter je sors de la maison viens avec moi sortons de la maison et sortant avec moi de la maison qui sort avec moi de mon corps ancien mon corps d’ancêtre mon corps sans âge mon corps sous le poids de l’âge courbé je sors de la maison je suis sans âge si tu veux je te montre la maison je te visite si tu veux je m’assois au sol avec toi viens t’asseoir au sol avec moi je t’arracherai la mémoire je t’arracherai à la mémoire de qui me prend tu comprends quelqu’un me prend par la mémoire et j’entre en la maison sans âge et danse et veux entrer dans la maison je ne veux pas y entrer je fais les cent pas devant la maison je fais les cent coups de pieds à coups de pieds je pointe le sol je pointe le seuil de la maison je caresse la porte
Et.
Tenir en place en mon corps. Je. Tenir en place en mon corps. Je. Faire mon corps. De. Faire en mon corps. Je. Faire. De l'espace à mon corps. Faire. De mon corps un espace, où. Faire mon corps à l'espace. Faire. Mon corps. Je. Un espace. Je. Me placer. Dans l'espace. Me. Faire là. Place. A mon corps. Je. Limite, mon corps, à l'espace. Je. Limite l'espace. À. Mon corps. A la taille. De. Mon Corps. Je. Taille mon corps. Ici mon bras, ma jambe, mon tronc, mon crâne, ici mon sexe, un espace, pour. Une place. Je. Un corps. Où placer. Mon espace. Tout. Regarder. Tout. Me regarde. Un espace. Me regarde. En mon centre. En un cercle, je centre l'espace. Et. Tenir le monde en son centre, le sexe, je. Regarde. En mon centre. Un cercle. Offert. Au monde. Regarde. Je me place au centre d'un cercle en écho à mon corps, seul. Regarde. Le vide est sous moi. Regarde. Le vide alentour. Un cirque. Un bordel. Un cycle, au bord d'un bordel. Un cercle. Au bord du vide. Je suis. Un monde. Au bord du vide. Je suis. Autour. Dedans. A qui le tour. A qui. De faire le tour. Un tour. Du monde. En moi. Faire le tour. D'un monde. En moi. Le tour. De mon corps. Je. Suis là. Dans. La fatigue. Je. Suis las. Fatigué. Je. Faire le tour. De. Mon corps. Fatigué. Après, je reviens. Sur un fil. Après. Je reviens. Avec le monde. Sur un fil. Et le vide, alentour. En dessous, les animaux guettent. Je sais. Les animaux guettent. Je saute, et bondis, rebondis, je vole, je marche. Au dessus du vide. Je fais danser les objets, le monde, mon corps. Joue le corps. Mon objet. Je suis. Un monde, où le je, de mon corps, dompte les animaux, en mon corps. Je suis animal, en mon corps. À l'extérieur. De moi. Les animaux. Sont. En moi. Les animaux, hors de moi. Je sais. Je suis. Animal. Un monde, animal. Je. Fais danser. L'animal, en moi, je. Quel désir. Avance. Animal. Avance. En les animaux. En moi. Les animaux, hors de moi. Les animaux. Savent tout de moi. Animal, dedans, anime le monde, en mon corps, animal, dehors, anime le corps, mâle en moi. Un feu, là, mêle en moi femelle et mâle. Animal. Un monde va. De l'un de moi vers l'autre animal. En moi. Va. Mon corps. Un monde. Ma vie d'animal.
Et.
La question de savoir : qui. La question de savoir : qui dit qui. La question de savoir : qui donne à qui. La question de savoir : qui donne à qui, et qui fait le don. Et de quoi. La question. D’origine. La question. De mort, à mort. Une vie. De quelle mort. A quelle autre. Un secret. Ici. Un présent. Ici. Enchaînement de chaque instant, mort, à la venue de chacun suivant. Cheminer, en, la question. Cheminer, à la trouver. Cheminer, à trouver, comment la formuler. Cheminer. Comment la vivre. Cheminer. En la question. La penser en partage. La penser, dite par une voix, seule, à chaque fois. Seule, et chaque fois, face, à elle : celle de l’autre. Chaque fois, avec, celle de l’autre. Pour. Quelle fois. Jusqu’en. Celle de l’autre.
Toi.
Ce qui secret.
Avec. Qui.
Continuer.
‘‘Il avait longtemps cru que le secret comptait moins que son approche. Mais ici l’approche était sans approche. Il n’en était jamais ni plus près ni plus loin. Il ne fallait pas s’en approcher, mais s’orienter seulement par l’attention.’’
Maurice Blanchot. ‘‘L’attente l’oubli’’