C’était un bain régénérant, réconfortant, bénéfique à tout point de vue.
Des petits camarades partout tout le temps : maintenant, j’en rêve .
Des choses à voir, à entendre, à boire, à manger, à sentir, partout, tout le temps : il faudrait remettre ça au plus vite.
De l’attention, des attentions partout tout le temps. (ah ! non au fait : pas dans notre salle d’eau mais il est vrai que c’était la pire…)
Chaque jour, j’étais plus enthousiaste. Je suis presque devenue cool !!!
Ah ! Les joyeux repas dans l’herbe avec cette volée permanente de gobelets, de serviettes blanches en papier léger, et ces assiettes parfois pleines qui parfois s’abattaient brusquement sur le chemisier blanc tout juste étrenné le matin !
Et la douche: quand la semaine s’est terminée j’en étais presque arrivée à regarder avec tendresse les poils et autres trucs parfois difficiles à identifier qui flottaient autour de mes pieds dans le bac un peu bouché.
Se coucher le soir à pas d’heure , ne pas se dire demain, je vais à l’hosto.
Et je ne suis pas non plus exactement en vacances.(quoique…)
Savoir en se réveillant qu’on allait trouver des visages aimables et peut-être même aimants.
Oui, aimant.
Car, je crois qu’on s’est aimé là-bas. Tranquillement. Comme ça. Mine de rien.
Quand j’y pense, il n’y a personne que je n’ai pas envie de revoir. C’est rare ! Très très rare même ! Surtout pour moi qui suis notoirement misanthrope.
Cela dit, je me demande si ce n’est pas en train de changer grâce à tous les bolochons comme je les avais surnommés affectueusement. (enfin pas affectueusement dès le premier jour, là c’était plutôt ironique parce qu’habituée aux âpres discussions où on va presque jusqu’à s’entretuer pour une idée, j’ai eu l’impression au début de patiner dans du mou). Puis, je me suis aperçue que c’était autre chose.
Certes il y a eu un moment difficile. Un seul. Quand j’ai crû que je serais incapable d’articuler un mot sur " symbolique et phénoménologique " alors qu’en principe j’étais là pour ça. Puis est venue cette idée de lire des textes du " caillou ". Sandrine m’a aidée à remonter la pente.
Et ensuite l’idée que Dominique lise mon texte aride tandis que Julie ferait des dessins . J’aime énormément les dessins de Julie. J’ai fixé les deux qu’elle m’a donnés au mur dans ma chambre.
Et j’ai aussi beaucoup apprécié celui qu’elle a fait avec nous tous.
Il y a eu des moments forts. Le dernier soir Sylvia dans la piscine avec …j’ai oublié son nom. Sous la voûte étoilée. C’était un moment enchanté.
J’ai été très touché par la lettre de Sémir. D’ailleurs, j’ai été touchée par Sémir lui même, par sa façon d’être, par sa gentillesse, son rire et sa façon de parler du langage " phénoménologique " par une belle fin d’après midi ensoleillée…J’aimerais bien aussi me perdre à nouveau avec lui dans un tout petit carré de verdure. Ah ! Quelle aventure !
Let’s pretend…
Nous avons Sémir et moi traversé à la nage des fleuves de boue aussi larges que la Garonne à Bordeaux. (Pour celles qui connaissent…). Nous nous sommes taillé des chemins à la mâchette. Nous avons eu faim et soif. Sémir n’avait pas mis sa crème solaire et il était tout rouge. Toujours consciencieux, n’oubliant pas un instant la sécrétion nous avons abondamment transpiré. Nous avons failli nous faire dévorer par plusieurs bêtes féroces ( des chiens je crois). Nous avons survécu grâce au soleil qui nous a permis de nous orienter.
Oui, c’est peut-être ce qui m’a le plus émue chaque jour : la joie de retrouver une enfance et même de la trouver tout court.
Sandrine et moi , nous sommes allées regarder les belles vaches beiges. Elle m’a donné un trèfle à quatre feuilles et malheureusement il est parti à la machine à laver. C’est quand même bête de laver son bonheur à grande eau …Une sale habitude.
Et l’idiorythmie ! " le rythme propre à chacun et communautaire néanmoins ", c’est peut-être ce qui m’a le plus étonnée. Qu’une telle merveille existe.
Eh oui !Lyn, on aimerait faire durer un tel rythme de vie !